Designer's days 2007
Agnès Thurnauer
« C'est le désir qui engendre la pensée », Plotin, 3ème siècle après JC
« Tout cadre détermine un hors champ », cette phrase de Gilles Deleuze caractérise pour moi parfaitement la façon dont le tableau travaille: nécessairement avec tout ce qui l'entoure.
S'il n'y avait pas de cadre, de bord, il n'y aurait pas de tableau. C'est cette limite du tableau qui fait son intérêt et sa complexité. Dans mon travail, je joue beaucoup avec ce cadre, que j'agrandis parfois à la taille d'un mur (comme à la Biennale de Lyon) ou même à la taille du musée
(comme au SMAK à Gand).
Les plaques en porcelaine présentaient ce même intérêt. Comme de petits tableaux, elles articulent plusieurs registres. Reprenant des phrases des dialogues de "une femme mariée", de Godard, elles les contextualisent dans l'espace où elles seront placées en leur redonnant un sens différent.
Comment sonnent ces phrases, à quoi nous renvoient-elles, et d'où parlent elles? Ce sont des phrases mentales (donc sans son) placées sur des sources d'électricité. On va donc pourvoir brancher une prise avec « Il m'aime. Allez, il faut que je me rhabille", ou allumer la lumière avec "Où est le cinéma à Orly?"... De voix sans son, ces phrases retrouvent une parole et une présence dont le jeu allumé/éteint ne fait qu'amplifier la résonance. "Je suis heureuse, je suis heureuse, suis-je seulement heureuse?" Des mots sur des interrupteurs, comme si on avait le choix de les activer ou de les oublier, comme si on avait le choix de passer de la surface à la profondeur en étant à la fois l'émetteur et le récepteur. Projet réalisé avec la graphiste Amélie Boutry

Carte blanche à l'artiste peintre Agnès Thurnauer qui a reproduit
sur les interrupteurs Céliane des phrases mentales, sans son,
que l'on choisit d'activer ou que l'on décide d'oublier ...
Née en 1962 à Paris, Agnès Thurnauer vit et travaille à Paris.Ses peintures sont une matérialisation du mode de fonctionnement de l'esprit visant à relier entre eux des objets apparemment sans lien et les différents sens qu'ils peuvent susciter. Agnès Thurnauer aborde l'image comme un lieu "entre", un espace de dialogue et non pas comme un périmètre défini.
« La peinture est un véhicule ». En tant que peintre, installée dans son habitacle, je la conduis à la vitesse qui me convient : parfois rapide avec des accélérations subites, parfois tranquille ou lente et jusqu'au plaisir de l'immobilisme. Non seulement la peinture se travaille à différentes vitesses mais elle travaille avec le temps dans toute sa transversalité : renvoyant aussi bien à un présent qu'à un passé réactualisé dans sa mise en oeuvre et dans sa mise en perspective.


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