L'autonomie pour tous, un enjeu de société
Les besoins d'autonomie et d'accessibilité sont universels et se déclinent tout au long de la vie. Ils s'expriment déjà quand chacun aspire à s'affranchir des tâches routinières du quotidien : une évolution des manières de vivre qui affecte tous les groupes d'âge et tous les segments de la société. La perte d'autonomie et le handicap deviennent, quant à eux, un enjeu social et économique majeur. D'ici à 2030 la population âgée de 75 ans ou plus devrait augmenter de plus de 70%. Et au-delà des 5,5 millions de Français en situation de handicap, une part de plus en plus importante des citoyens, qu'il s'agisse de personnes âgées, fragiles, de malades à leur domicile, aura besoin d'automatismes et des nouvelles technologies. Ne serait-ce que pour alléger les contraintes qu'ils font peser sur leur entourage et ce faisant, préserver leur autonomie, lutter contre l'exclusion et enrichir leurs liens sociaux. Les automatismes doivent donc être perçus comme influant sur de larges réseaux humains, dans un contexte sociétal qui dépasse le périmètre des logements isolés : n'importe quelle personne doit pouvoir les utiliser n'importe où, dans un cadre de vie en mouvement. Car même si les premiers pourvoyeurs d'une aide régulière restent les conjoints et enfants, leur absence ou leur défaillance augmentera ipso facto, le besoin d'aide professionnelle et d'équipements domotiques.
- L'autonomie, une attente à tout âge
- Des seniors de plus en plus âgés, de plus en plus nombreux
- 5,5 millions de français en situation de handicap
L'autonomie, une attente à tout âge
Au fond, l'autonomie correspond à une attente qui s'inscrit tout au long de la vie. C'est déjà le cas du jeune enfant trop petit pour atteindre les commandes d'éclairage. Devenu adulte, il aspirera au bien-être, et ce faisant, sous la pression du temps qui s'accélère, tentera de se libérer l'esprit des tâches routinières. Féminisation de la population active et monoparentalité accentuent la légitimité de cette attente. Seulement 63 % des familles sont de type traditionnel [1]. Une famille sur cinq est monoparentale [2]. C'était le cas d'une famille sur 10 en 1982. Environ 2,2 millions d'enfants vivent ainsi avec un seul des parents, le plus souvent la mère [1] qui doit assumer ses deux journées en une. Les nouvelles organisations familiales (recomposées, multi générationnelles…) redéfinissent la quête d'un temps à soi bousculée par l'interpénétration des sphères privée et professionnelle.
Et puis chaque individu, à un moment de sa vie, est tôt ou tard confronté à une situation de mobilité réduite : entorse, cheville foulée, maladie, intervention chirurgicale banale, grossesse, peuvent limiter temporairement l'autonomie. Plus tard, le vieillissement affectera certaines capacités cérébrales motrices, auditives ou oculaires. Lutter contre l'isolement implique alors l'existence de liens sociaux, qu'il s'agisse de solidarité de proximité multi-générationnelle ou d'aides professionnelles : 1 emploi sur 3 créé dans l'économie en 2007 l'a été dans les services à la personne [3]. Quant aux échanges en réseaux sur le net, ils explosent faisant de la toile le lieu de formation d'un communautarisme qui se décline au pluriel. Pour preuve, entre décembre 2004 et décembre 2006, le nombre de blogs serait passé de 5,4 à 63,1 millions dans le monde [4]. Et, d'ailleurs, 40% des personnes âgées reconnaissent son intérêt pour se distraire ou pour suivre des informations [5].
Du côté de la CNAV, à la Direction des Recherches sur le Vieillissement, le sociologue Alain Rozenkier note que si « la conception de l'habitat doit désormais s'adapter aux besoins des populations vieillissantes, elle doit également tenir compte des évolutions des mentalités et des manières d'être qui affectent les différents groupes d'âges et segments de la société : recherche d'intimité, aspiration au bien-être, au confort, à une facilité d'usage…
Dans ce cadre, les innovations technologiques seront de plus en plus mobilisées pour mieux maîtriser l'environnement immédiat, améliorer le confort, réduire ou compenser les difficultés ou impossibilités rencontrées dans le quotidien et l'espace de vie usuel ».
[1] Insee Première janvier 2009
[2] Centre d'Etudes de l'Emploi, rapport de recherche, les familles monoparentales en France, Juillet 2007
[3] Rapport de l'Agence Nationale des Services à la Personne
[4] Technorati
[5] Etude Jacquat et Forette – 2007
Des séniors de plus en plus âgés,
de plus en plus nombreux
Les personnes de plus de 85 ans vont passer de 1,3 à 2 millions d'ici 2015 [6], et à 5 millions à l'horizon 2050 [7]. En 2050 toujours, il n'y aurait plus que 1,4 actif pour 1 inactif de plus de 60 ans, contre 2,2 en 2005 [8]. Actuellement, 12% des personnes de plus de 70 ans sont touchées par les maladies neuro-dégénératives (Alzheimer, Parkinson,…) qui représentent 225 000 nouveaux cas par an ! [9]. Rappelons qu'en France, plus des trois quart des décès liés aux accidents de la vie courante touchent les séniors [10], et qu'environ 9000 décès par an de personnes de plus de 65 ans sont liés à une chute [11]. On estime en outre que la perte d'autonomie touche aujourd'hui 6 à 7% des personnes de plus de 60 ans, sachant que 26% des personnes les plus dépendantes sont prises en charge exclusivement par un proche [12]. Ceci explique que près de 8 Français sur 10 se sentent concernés, que ce soit pour eux-mêmes ou pour leurs proches. Il faut dire que 63% des Français âgés de 35 à 75 ans ont ou ont déjà eu une personne dépendante dans leur entourage [13].
Dans ce contexte, 6 millions de personnes doivent faire face à une restriction de capacité qui leur rend difficile l'accès et l'usage de leur logement [14]. Et parmi les propriétaires occupants de logements très inconfortables, 72% ont plus de 60 ans. Pour tenter d'améliorer leur situation de dépendance, 20% des français de 35 à 75 ans ont investi dans des aménagements spécifiques du logement (33% à Paris) et 14% ont acheté un bien immobilier mieux adapté à leur âge [15]. Beaucoup reste encore à faire : 63% des français ont entendu parler des avantages fiscaux pour certains frais liés à la dépendance, mais seulement 12% d'entre eux en ont bénéficié [13]. Les séniors ont recours aux services à la personne : 71% des particuliers-employeurs ont plus de 50 ans, dont 37% plus de 70 ans [16]. Et c'est principalement une raison de santé qui a déclenché le recours à un service d'aide à domicile. Dans ces situations inconfortables, si l'aide et le contact humain seront toujours appréciés, il est en revanche moins acceptable de redevenir dépendant de son entourage. Dans un logement adapté, les automatismes apportent une aide précieuse dans diverses situations, comme le manque de mobilité, la fragilité physique... Ils permettent dans certains cas, de faciliter le mouvement, voire de le supprimer.
[6] Conférence nationale du handicap, juin 2008, Ministère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi
[7] ANAH
[8] Insee 2007
[9] Inserm 2007
[10]BEH, senioractu.com
[11] Rapport Rialle
[12] Plan Solidarité Grand Âge – juin 2006
[13] Baromètre Prévoyance Dépendance – TNS SOFRES – novembre 2007
[14] Groupement Français des Personnes Handicapées – 2007
[15] ANAH 2008
[16] CREDOC, enquête sur l'emploi familial, le vécu des particuliers employeurs, Août 2008
5,5 millions de français en situation
de handicap
Concernant le handicap, la loi du 11 février 2005 fixe des objectifs à toute la société pour qu'elle se rende accessible à tous, y compris aux 5,5 millions de Français en situation de handicap. 40% d'entre eux sont handicapés moteur, 29% déficients visuels, 15% déficients mentaux, 14% déficients auditifs et 0,5% sont tétraplégiques ou paraplégiques. Par ailleurs, si près de 4 millions de Français disposent d'une carte d'invalidité, 2,3 millions perçoivent une allocation [17]. Enfin, au cours de sa vie active, on estime qu'un Français sur deux sera confronté à une situation de handicap, qu'elle soit durable ou réversible. D'ailleurs chaque année, 468 000 personnes d'âge actif (20 à 60 ans) connaissent une telle situation [18]. Entre 2002 et 2007, la proportion de travailleurs handicapés dans la population en emploi a augmenté de 14%. Fin 2007, il a été demandé aux administrations de définir des plans pluriannuels de recrutement qui se sont traduits par une hausse de plus de 25% des embauches de travailleurs handicapés entre 2007 et 2008 [19].
Là encore les automatismes qui permettent une assistance dans certaines tâches, ont leur rôle à jouer. L'autonomie ainsi permise à ces personnes dans des situations de dépendance temporaire ou permanente lève également la contrainte qu'elles auraient fait peser sur leur entourage. Les automatismes sont donc à percevoir comme influant sur des réseaux humains larges, dans un contexte sociétal qui dépasse le seul périmètre des logements isolés. Dans l'habitat, les nouvelles technologies d'aide et d'assistance qui y pénètrent, ont vocation à être utilisées par tous, car c'est un groupe humain qui vit dans le logement. Les aides externes tout comme les visiteurs occasionnels doivent aussi pouvoir évoluer dans un logement automatisé.
[17] Apajh 2008 (Fédération des Association pour Adultes et Jeunes Handicapés)
[18] Agephip 2007
[19] Ministère du Budget, des Comptes Publics et de la Fonction Publique, Mars 2008
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