
Comprendre et adopter le « Smart grid »
pour mieux partager notre énergie
Les experts mondiaux anticipent un doublement de la consommation électrique sur les 30 prochaines années. Le Smart grid, que l'on peut définir comme étant un réseau électrique de nouvelle génération, à la fois intelligent et communicant, permettra un pilotage fin du réseau en temps réel pour équilibrer la demande et l'offre d'énergie électrique. Il devrait donc compléter l'intégration de l'efficacité énergétique dans les bâtiments et être la réponse à la raréfaction des énergies fossiles, au développement durable et à la croissance des usages de l'électricité dans le monde.
Le concept du Smart grid
Le concept du Smart grid est basé sur la superposition du réseau de distribution d'électricité avec une infrastructure informatique communicante reliant les sources de production d'électricité aux utilisateurs/consommateurs de cette énergie (professionnels et particuliers). Feront ainsi partie intégrante de ce nouveau réseau, à la fois les sources de production classiques de type « centrale », les sources de production d'énergie renouvelable individuelles ou centralisées, jusqu'aux bâtiments à énergie positive ; mais aussi une infrastructure communicante allant de nouveaux compteurs ou capteurs intelligents chez l'utilisateur final (ou « smart meters ») pour connaître la consommation en temps réel afin d'optimiser l'allocation des sources de production, jusqu'à des serveurs informatiques et des logiciels permettant au producteur de stocker, analyser et gérer toutes les informations reçues.

Une mutation des comportements pour un bénéfice collectif
La mise en place des "Smart grids" va entraîner une nouvelle façon de consommer et de produire l'électricité. Les utilisateurs et les gestionnaires de réseaux connaîtront précisément et en temps réel la consommation d'un site ou d'un foyer et les fournisseurs d'énergie pourront proposer des offres adaptées au profil de consommation, ainsi que de nouveaux services d'efficacité énergétique. Cela permettra en toute logique de réaliser des économies d'électricité et de sécuriser le réseau en évitant des coupures imprévues : les Smart grids permettront d'injecter uniquement l'énergie nécessaire dans les circuits des maisons, immeubles ou usines. Les besoins seront repérés en temps réel par les centres de contrôle et les gestionnaires de réseaux qui distribueront la quantité d'énergie adéquate. Les Smart grids placeront l'individu au carrefour de la prise de décision, car en accédant à ces informations, celui-ci pourra moduler sa consommation pour bénéficier de tarifs plus avantageux. Ils permettront également de détecter et d'intervenir rapidement sur les problèmes de maintenance. Ce sera bien sûr, par nature, une solution pour réduire les problèmes de pollution notamment les émissions de gaz à effet de serre.


Une mise en place encore dépendante des priorités de chaque pays.
Une harmonisation encore à créer
L'Union européenne s'est fixée des objectifs dits de « 3 x 20 » : en 2020, moins 20% de consommation d'énergie, moins 20% d'émission de CO2 par rapport aux bases de 1990, et enfin 20% d'électricité renouvelable. L'Europe impose à ses 27 membres de fonctionner avec 80% de compteurs intelligents d'ici 2010.
Face à l'Italie et la Suède, dont le taux de pénétration s'approche des 100%, ERDF, principal distributeur français, a lancé en 2007 le projet Linky, qui ambitionne l'équipement de la France entière en compteurs intelligents à l'horizon 2017 (mais plus sûrement 2021)- soit 35 millions de clients équipés, pour un coût estimé de 4 à 6 milliards d'euros.
Pour créer 3.600 km de Smart grid, l'Allemagne prévoit 18 à 30 milliards d'euros d'investissement. Les investissements nécessaires pour la construction ou l'adaptation du réseau intelligent pourraient être évalués, en France, à un montant compris entre 12 et 22 milliards d'euros.
Pour les équipements en aval du compteur, il faut concevoir et développer un dispositif européen de normalisation ou d'harmonisation des spécifications qui rende ces équipements compatibles avec les services énergétiques attendus des Smart grids. On peut imaginer également d'autoriser les équipements de gestion d'énergie finale (domotique notamment) à entrer dans le cadre des certificats d'économie d'énergie et les rendre éligibles au crédit d'impôt.

Une opportunité pour les acteurs de la filière électrique
Le concept Smart grid va générer, non seulement pour les acteurs de la production et la distribution de l'électricité et ceux de l'informatique et de la communication, mais aussi pour ceux de la filière électrique de réelles opportunités. Certaines sont d'ailleurs déjà concrétisées par des groupes comme Legrand via des solutions en matière d'efficacité énergétique, de domotique, de bornes pour recharge de véhicules électriques, de protection et d'onduleurs pour panneaux photovoltaïques…
D'autres opportunités sont encore à l'étape des études et aboutiront à de nouveaux services ou solutions, qui seront certainement le fruit de nouveaux partenariats entre des acteurs d'origines différentes.
Si les impulsions politiques, économiques et fiscales sont judicieuses, fort est à parier que les acteurs « industriels » actuels et les consommateurs sauront muer pour profiter de l'opportunité que représentent les Smart grids.
Juin 2011

